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Plancher pelvien et course à pied : et si le problème venait d'ailleurs ?

Fuites urinaires ou gêne pelvienne à la course ? Le problème vient rarement du plancher pelvien lui-même. Voici ce que l'analyse de la chaîne cinétique révèle.

Vous courez régulièrement. Peut-être depuis des années. Et à un moment, quelque chose s'est mis à gêner : une légère fuite urinaire à l'impact, une pression inconfortable dans le bassin, une sensation de « ça ne tient plus » dès que la vitesse augmente. Votre réflexe, ou celui d'un professionnel de santé, a peut-être été de regarder directement le plancher pelvien : le renforcer, le contracter, faire des exercices ciblés.

Ce n'est pas faux. Mais c'est souvent insuffisant, parce que dans la majorité des cas, le plancher pelvien n'est pas la source du problème. Il en est la victime.

Le plancher pelvien : un amortisseur, pas un pilier isolé

Le plancher pelvien, ou périnée, est un ensemble de muscles et de tissu conjonctif, le fascia, qui ferment le bassin par le bas. On peut l'imaginer comme un hamac musculaire tendu entre le pubis à l'avant, le coccyx à l'arrière et les deux côtés du bassin entre les ischions. Son rôle est multiple : soutenir les organes pelviens, participer au contrôle de la continence, contribuer à la stabilité du tronc et à la gestion de la pression intra-abdominale.

Mais il joue aussi un rôle mécanique fondamental : absorber et amortir les vibrations et les chocs qui remontent vers le bassin pendant l'effort.

Pendant la course à pied, chaque foulée génère un impact considérable. Les forces produites à l'attaque du talon représentent environ 2,5 fois le poids du corps à la marche, et 3,5 fois à la course : des ondes de choc qui se transmettent vers le haut en quelques millisecondes. Si ces forces sont bien absorbées et distribuées tout au long de la chaîne, pied, cheville, genou, hanche, bassin, le plancher pelvien reçoit une charge normale, dans laquelle il fonctionne parfaitement.

Mais si quelque chose dysfonctionne plus bas dans la chaîne, ces forces ne sont plus distribuées. Elles arrivent concentrées, répétées, excessives. Et c'est le plancher pelvien qui les reçoit, séance après séance.

La chaîne cinétique : tout est relié

Toute défaillance dans la chaîne cinétique peut générer des schémas compensatoires et des surcharges sur les segments situés plus haut. En d'autres termes : un problème postural peut finir par se manifester au bassin.

Un désalignement au niveau des pieds peut entraîner des mouvements compensatoires aux chevilles, aux genoux, aux hanches, et finalement au plancher pelvien. Concrètement, voici ce qui peut se passer. Un pied qui s'affaisse excessivement vers l'intérieur à chaque appui modifie la rotation du genou. Cette rotation modifie à son tour l'orientation de la hanche. La hanche compensée perturbe la stabilité du bassin. Et le bassin instable surcharge le plancher pelvien à chaque foulée, non pas parce que le plancher pelvien est défaillant, mais parce qu'il absorbe des contraintes mécaniques qu'il ne devrait normalement pas recevoir.

Le symptôme apparaît là où les forces finissent par se concentrer. Les mouvements du bassin, des hanches et du tronc créent des variations de tension auxquelles le plancher pelvien doit s'adapter. C'est donc beaucoup plus qu'un muscle qu'on « renforce avec des Kegels ».

Ce que la recherche scientifique confirme

Une étude publiée en 2025 dans le Journal of Biomechanics a comparé trente-deux coureuses, avec et sans fuites urinaires à l'effort. Résultat : aucune différence de force du plancher pelvien, du tronc ou des membres inférieurs entre les deux groupes. Ce qui les séparait était ailleurs. Les coureuses concernées absorbaient moins d'énergie à la cheville, davantage à la hanche, et atténuaient moins bien les chocs entre le tibia et le fémur. Autrement dit : une absorption inefficace tout au long de la chaîne cinétique, et un bassin qui encaisse la différence.

L'étude Fascia and Tensegrity: A Systems-Based Perspective on Biomechanics and Function, publiée en 2025, explique le mécanisme. Le modèle de biotenségrité montre que les forces sont transmises, distribuées et adaptées à travers tout le corps via la continuité fasciale : pas muscle par muscle, pas segment par segment, mais en système global.

Ce que cela signifie en pratique : le corps n'est pas une collection de muscles séparés, mais un système fascial continu qui transfère les forces de façon efficace, ou inefficace, quand les schémas de mouvement sont perturbés. Un plancher pelvien qui souffre à la course, c'est souvent un système global qui a perdu sa capacité à distribuer les impacts correctement. La solution ne sera donc pas uniquement dans le plancher pelvien lui-même.

Pourquoi il faut analyser la marche, et pas seulement la zone symptomatique

C'est ici que l'approche change radicalement. Observer comment quelqu'un marche ou court permet de voir où les impacts sont absorbés, ou ne le sont pas. Est-ce que le pied amortit bien ? Est-ce que le genou se stabilise ou s'effondre vers l'intérieur ? Est-ce que la hanche tient la charge ou bascule-t-elle à chaque appui ?

Le plancher pelvien se contracte de façon anticipatoire avant même que le pied ne touche le sol, ce qui signifie que la qualité de la rotation et de l'absorption des impacts dans l'ensemble de la chaîne conditionne directement son fonctionnement. Ce n'est pas un muscle qu'on contracte volontairement à chaque foulée. C'est un système qui répond à la qualité mécanique de ce qui se passe plus bas.

Ce que je regarde chez Momentum

Quand un.e client.e arrive avec des symptômes pelviens liés à la course, mon premier réflexe n'est pas de zoomer sur le bassin. C'est d'observer l'ensemble : comment elle ou il se tient debout, comment elle ou il marche, comment son corps distribue le poids et absorbe les impacts à chaque pas.

C'est ce que j'appelle une analyse posturale dynamique : regarder le corps en mouvement. Parce que très souvent, la réponse n'est pas là où le symptôme se manifeste. Elle se cache dans le tronc trop rigide, dans un pied qui ne joue pas son rôle d'amortisseur, dans une cheville raide, une hanche qui compense depuis des années sans que personne ne l'ait jamais remarqué.

Traiter le plancher pelvien sans corriger ce qui génère la surcharge, c'est changer les fusibles sans réparer le court-circuit.

Si vous ressentez des symptômes pelviens pendant ou après la course, ou si vous souhaitez comprendre comment votre corps distribue les forces en mouvement, c'est exactement ce qu'un bilan postural permet d'explorer.

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